Saint-Jean-de-Sixt - N°131 - Décembre/Janvier 2018

Du patrimoine à l’histoire

Comme chaque automne depuis quatre ans, l’association Saint-Jean-de-Sixt Patrimoine a tenu son assemblée générale le 30 novembre. L’occasion de récapituler les travaux effectués durant l’année écoulée et de prendre le temps de recevoir un invité pour un sujet particulier. La soirée a été consacrée à l’anniversaire de l’Armistice de 1918 et plus généralement à la vie d’une famille durant la Grande Guerre grâce aux archives familiales de Jean-Philippe Chesney.

L’association du patrimoine saintjeandin compte une quarantaine d’adhérents dont une partie d’actifs se retrouvant régulièrement sur les chantiers pour les «corvées». Comme l’a rappelé la présidente, Odile Laruaz, l’objectif de la structure est avant tout de collecter des documents de particuliers. «Il y a ensuite un gros travail d’archives à effectuer.» L’autre grand volet est la préservation et la mise en valeur du patrimoine du village ; patrimoine bâti ou culturel. Les bénévoles se sont donc retroussé les manches pour créer un cheminement piétonnier accessible à tous vers la chapelle de Forgeassoud. Cette année, des totems en pierres ont été confectionnés afin d’accueillir des panneaux d’information tant pour la chapelle de Forgeassoud que celle du Villaret. A la demande de riverains, des recherches ont été faites sur la disparition de la croix du Virava au Crêt. Le choix a été de la refaire et de la positionner au sommet du téléski du Crêt et d’y ajouter un banc.

Un autre chantier a bien occupé les bénévoles cette année jusqu’à cet automne, il s’agit de la valorisation des ponts de l’Envers de Forgeassoud. Entre le printemps 2017 et mai 2018, élagage et désherbage ont été réalisés durant plusieurs corvées. Ces trois ponts anciens en pierres bordent la randonnée le long du torrent. Cet automne il a été procédé au nettoyage du chemin. «Pour expliquer l’histoire de ces ponts, ici aussi, nous mettrons une signalétique d’information», a indiqué la présidente. Un projet qui sera en partie financé grâce à un soutien de financement participatif de la banque verte de l’ordre de 1 100 €.

Côté comptes, Alain Levet a souligné que cette année l’association a obtenu une subvention exceptionnelle de la commune (1 250 €) pour aider au financement des panneaux de signalétique. Dès l’année prochaine cette subvention reviendra à 500 €. Les adhésions devraient également rapporter la même somme.

Une famille décimée par la guerre

Professeur d’histoire, adhérent aux Amis du val de Thônes, Jean-Philippe Chesney est originaire de Sallanches. Il y a une quinzaine d’années la famille a retrouvé près de 300 lettres écrites durant la guerre de 1914-1918. L’originalité est que ces lettres ont été rapportées par le seul fils survivant, sur quatre. Il s’agit donc d’écrits qui lui avaient été destinés. «Ce sont des lettres de soldat à soldat mais aussi les lettres que les différents membres de la famille envoyaient», confie Jean-Philippe Chesney. Une famille rurale et très chrétienne, habitant un hameau sur les hauteurs de Sallanches, à Burzier à 900 m d’altitude.

De ces lettres, les descendants ont décidé d’en faire un film et d’y lire ces écrits émouvants et bien souvent tristes. Ce documentaire a été projeté ce 30 novembre ; il relate les différentes années de guerre, le départ des quatre fils, des beaux-frères. Au fur et à mesure des mois passant, les morts s’accumulent : trois frères meurent à la guerre, une fille décède au pays, ainsi qu’un beau-frère sur le front. Les lettres arrivent parfois tardivement. Les soldats racontent leur quotidien. Pour autant, «la censure existait mais au fur et à mesure des codes étaient trouvés pour dire certaines choses comme là où le soldat se trouvait». Une censure inexistante pour le courrier échangé entre soldats. «Durant cette première guerre mondiale il y a eu des millions de lettres écrites par les militaires. Le service était bien organisé. Le plus souvent ils écrivaient en signe de vie.» Dans cette famille de Savoyards, tous sont partis comme fantassins, d’abord cantonnés à Albert­ville. Au vu de leur âge, entre 20 et 37 ans, les plus mûrs pensaient ne pas partir au front ; ils y sont allés mais pas tout de suite. L’histoire, au fil des lettres, raconte aussi les démarches de tous (parents, sœurs, belle-sœur) pour faire ramener le seul fils encore en vie à l’arrière des combats. Un droit pour les enfants ayant perdu au moins trois frères au combat. Il ne le sera que 16 mois plus tard.

Les archives de la famille Chesney comprennent aussi des carnets de guerre où les aïeuls décrivaient des combats. Ces écrits font l’objet d’un second film dont une partie est consacrée à la vie en montagne sans les hommes ni chevaux durant une année. «Ceux restés au pays avaient toujours l’espoir que les hommes reviennent pour les semences au printemps ou lors des récoltes d’automne.» Pour certains d’ailleurs, la guerre ne s’est pas arrêtée à l’Armistice, de nombreux soldats n’ont été démobilisés que de nombreux mois plus tard.

Photo : Les bénévoles ont travaillé cette année à la fabrication de totems pour installer des panneaux explicatifs (photo ci-dessous), ont terminé le chemin d’accès à la chapelle de Forgeassoud (photo ci-dessus) et ont poursuivi le débroussaillage autour des trois ponts de l’Envers.

 

Adhérer à l’association

La cotisation de Saint-Jean-de-Sixt Patrimoine est fixée à 15 €. Le site internet de l’association : saintjeandesixt.wordpress.com sur lequel sont détaillés les travaux effectués avec photos.

 

 

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